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Le Made in Morocco, levier de la souveraineté industrielle du Maroc ?

Published On: juillet 2023
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Introduction

Si l’industrie marocaine a connu un essor remarquable grâce à son intégration au sein des chaînes de valeur mondiales dans certains métiers comme l’automobile et l’aéronautique, la compétitivité du tissu industriel national demeure toutefois un défi important. En effet, la crise de la covid-19 a révélé la forte dépendance de l’industrie marocaine de l’outil productif étranger notamment européen et a rappelé la nécessité du renforcement de l’appareil productif national.

Conscient de ce défi et conforté par l’agilité et la réactivité du secteur industriel marocain durant la crise du coronavirus, le Ministère de l’industrie marocain a dévoilé en septembre 2020 le plan de relance industrielle 2021-2023 qui repose sur trois piliers :

  • Une politique de substitution aux importations
  • Le renforcement du capital marocain dans l’industrie et
  • La décarbonation de l’industrie afin de renforcer les exportations.

La stimulation de l’offre industrielle nationale trouve ainsi toute sa légitimité dans un contexte mondial marqué par un retour aux modèles de « patriotisme économique » pour tempérer les excès d’une mondialisation exacerbée.

La nécessité de la souveraineté industrielle se confirme dans un monde de polycrises

La souveraineté industrielle désigne la capacité d’un pays à produire localement des biens et services pour répondre aux besoins de la population, des entreprises et institutions. La souveraineté industrielle se trouve également associée à la sécurité nationale car elle permet de garantir l’autonomie et la résilience du pays face aux risques économiques, politiques et géopolitiques.

Jusqu’alors, la logique des avantages comparatifs dominait l’industrie mondiale. Les différentes phases de la chaîne de valeur d’un produit ou d’un service, de la conception au service après-vente en passant par la fabrication, étaient délocalisées à l’emplacement où les coûts sont optimaux.

La rupture des dynamiques fondamentales de la mondialisation a provoqué un bouleversement de cette logique et l’accélération du retour vers des politiques industrielles orientées vers l’autonomie.

Le renforcement de la production locale est ainsi une mesure incontournable à la souveraineté industrielle, en particulier au vu des préoccupations environnementales. Elle présente des opportunités importantes pour la croissance économique, la création d’emploi, la réduction des coûts logistiques, le renforcement du contrôle de la qualité mais également la réduction de l’empreinte carbone.

Depuis le début des années 2000, le Maroc a mis en place une politique visant à accélérer l’industrialisation et à renforcer la compétitivité de l’industrie. Ainsi, se sont enchaînées les stratégies (plan Emergence de 2005 à 2009, Pacte National pour l’Emergence Industrielle de 2009 à 2015), marquant ainsi la consolidation du positionnement du développement industriel comme levier de la croissance économique du Royaume.

Fort de ces expériences, le Maroc a mis en place le Plan d’Accélération Industriel (PAI 2014-2020) avec des ambitions concrètes :
La création d’un demi-million d’emplois, pour moitié provenant des IDE et pour moitié du tissu industriel national rénové et l’accroissement de la part industrielle dans le PIB de 9 points, passant de 14% à 23% en 2020 .

La mise en œuvre de ces objectifs repose sur 10 mesures clés regroupées en 3 catégories :

  1. La création d’écosystèmes industriels pour une industrie davantage intégrée
  2. La mise en place d’outils de soutien adaptés au tissu industriel
  3. Le renforcement du positionnement du Maroc à l’international

Le renforcement de la souveraineté industrielle s’inscrit dans les 3 catégories de mesures mais le Made in Morocco s’inscrit particulièrement au sein de la troisième de mesures, qui prévoit notamment d’améliorer la situation du Maroc sur les marchés extérieurs à travers l’accompagnement des secteurs à fort potentiel d’exportation pour consolider la compétitivité de l’offre exportable du Maroc.

La souverainete industrielle du Maroc : état des lieux

Différents indicateurs permettent d’évaluer le niveau de souveraineté industrielle d’un pays, à savoir :

Dépendance aux importations

Selon la Direction des Etudes et Prévisions Financières, « à fin janvier 2023, les importations de biens se sont élevées à 54,4 milliards de dirhams, en hausse de 6,3% par rapport à la même période de 2022. Ce résultat est à attribuer à l’augmentation des achats de la majorité des groupes de produits, particulièrement les produits énergétiques, les biens d’équipement et les produits alimentaires. Ces trois groupes de produits représentent 55,9% du total des importations contre 50,6% en 2022. »

Les exportations du secteur manufacturier ont connu une croissance notable à fin janvier 2023 et ce, dans la majorité des filières, notamment, l’automobile (+44,8%), l’électronique et électricité (+39,2%), le textile et cuir (+14,1%), l’industrie alimentaire (+5,2%), l’industrie pharmaceutique (+20,4%) et l’aéronautique (+1,3%).

En ce qui concerne les comptes extérieurs, les données relatives au mois de février 2023 laissent constater un creusement du déficit commercial de 6,8 milliards de dirhams, reflétant une augmentation de 11,6% des importations et de 7,9% des exportations.

Part des entreprises étrangères au Maroc

Selon les chiffres de l’Office des Changes, le flux net des IDE au Maroc a plus que triplé de fin janvier 2022 à fin janvier 2023 pour ressortir à 2,2 milliards de dirhams, recouvrant un accroissement des recettes (+65,9% à 3 milliards de dirhams) et une baisse des dépenses (-31,2% à 824 millions de dirhams).

Recherche & Développement (R&D) au Maroc

La Recherche & Développement au Maroc représente à peine 0,8% du PIB par rapport à une moyenne de 2 à 3% dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Bien que la loi de Finances 2023 ait consacré 300 millions de dirhams au volet R&D, de nombreux experts et institutionnels marocains considèrent que ce chiffre demeure insuffisant pour promouvoir la qualité et la quantité de la production industrielle marocaine.

Nombre de brevets déposés

Selon le bilan des activités 2022 de l’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale (OMPIC), une évolution positive a été constatée (15.174 demandes de marques – 4.462 dépôts de dessins et modèles industriels pour enregistrement – plus de 2.520 dépôts de demandes de brevets d’invention), ce qui a valu au Maroc de gagner 10 places dans le Global Innovation Index de 2022.

Part de la population active travaillant dans l’industrie

Selon le Haut Commissariat au Plan, la répartition des actifs occupés selon le secteur d’activité montre que le secteur des Services se situe en première position avec 5.099.000 personnes et une part de 47,4%, suivi de l’Agriculture, Forêt et Pêche avec 3.149.000 personnes (29,3%), de l’Industrie y compris l’Artisanat, avec 1.289.000 personnes (12%) et, enfin, le BTP avec 1.209.000 personnes (11,2%).

La stratégie de substitution des importations

Théoriquement, le plan de substitution des importations consiste à réduire la part d’importations à travers le développement du potentiel industriel du pays.

En limitant les importations à travers des protections douanières, barrières tarifaires ou non tarifaires, l’industrie du pays se développe pour répondre à la demande interne. Cela permet au pays en question de produire lui-même ce qu’il importait en se mettant en situation d’indépendance par rapport aux autres pays.

Au Maroc, le Nouveau Modèle de Développement ambitionne de faire du Made in Morocco « un marqueur de qualité, de compétitivité et de durabilité ce qui constitue un levier substantiel d’approfondissement des partenariats internationaux, de positionnement stratégique du Maroc à l’échelle régionale et internationale et de consolidation de la place et du rôle joué par le Maroc à l’échelle internationale. »

Les paris du Nouveau Modèle de Développement

Le Made in Morocco : Diversification et Montée en Gamme

En construisant une base productive diversifiée et sophistiquée, le Maroc fait le pari de devenir le hub multisectoriel le plus attractif de sa région et de tirer avantage de sa position géographique et des investissements importants en infrastructure réalisés ces dernières années pour valoriser l’ensemble de ses potentialités économiques et proposer au monde des produits et services à forte valeur ajoutée, porteurs de savoir-faire et d’innovation, et éco-responsables. Le pari Made in Morocco identifie un nombre élevé de secteurs et activités à fort potentiel, dans l’industrie, les services et les ressources naturelles. Ce pari implique de réaliser un bond significatif en compétitivité qui permettra au pays de se démarquer par sa capacité à s’intégrer dans les chaînes de valeurs régionales et mondiales, par l’accès à une énergie bas carbone compétitive, une logistique à coûts attractifs et aux meilleurs standards internationaux et des infrastructures d’accueil et une connectivité numérique de qualité. Ce pari appelle également à investir fortement dans les compétences et à accompagner l’ensemble des acteurs, aussi bien marocains qu’étrangers, à contribuer plus intensément à la valorisation des potentialités sectorielles du Maroc et à la montée en gamme de son tissu productif.

S’agissant de la promotion de la production industrielle, deux grandes tendances se dégagent des orientations du plan de substitution des importations :

  • Le Made in Morocco : une orientation qui consiste à consommer le produit marocain et à renforcer l’entrepreneuriat industriel national en favorisant l’émergence d’une nouvelle génération d’industriels marocains.
  • Le Made in Morocco : une tendance qui consiste à renforcer le savoir-faire marocain dans certains métiers à travers une mise en contact avec des co-investisseurs et le développement de joint-ventures.
L’Industrialisation par Substitution aux Importations, fruit d’une une vision stratégique

Le 11 novembre 2020 à Rabat, Moulay Hafid Elalamy, qui était alors ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Économie verte et numérique, a officiellement lancé la démarche de substitution des importations. L’objectif de cette initiative était de promouvoir l’industrie marocaine dans des secteurs clés, afin de remplacer les importations par une production nationale d’une valeur estimée à 34 milliards de dirhams, tout en créant entre 50 000 et 100 000 emplois. De plus, le pays pourrait réaliser 17 milliards de dirhams grâce aux exportations sur les marchés internationaux. En 2019, le secteur automobile marocain a non seulement réussi à remplacer les importations, mais a également atteint un montant d’exportations de plus de 80 milliards de dirhams.

Les mesures encourageant le Made in Morocco

Dans ce cadre, des dispositions réglementaires ont été prises par le gouvernement marocain, au niveau de la loi de finances rectificative 2020, afin de limiter les importations de certains produits (augmentation des droits de douane) et l’opérationnalisation des mécanismes de préférence nationale dans le cadre des marchés publics.

Ainsi, le renforcement de la compétitivité du produit Made in Morocco passe à travers la préférence nationale dans la commande publique et l’imposition de barrières douanières pour désavantager les produits importés.

Dans le cadre de la Loi de finances 2020, les autorités marocaines avaient déjà prévu de faire passer les tarifs douaniers applicables à certains produits finis de 25% à 30%. A l’époque, l’objectif principal était d’améliorer les recettes douanières collectées au titre du droit d’importation, d’encourager la production locale et de réduire le déficit commercial.

Le cadre règlementaire en faveur du Made in Morocco
  • La circulaire n° 15-20-cab du 21 moharrem 1442 (10 septembre 2020) concernant l’opérationnalisation de la préférence nationale et l’encouragement des produits marocains, dans le cadre des marchés publics.
  • Le décret 2.22.431 relatif aux marchés publics publié au BO le 9 mars 2023

Publié au bulletin officiel du 9 mars 2023, le décret 2.22.431 relatif aux marchés publics entrera en vigueur le 1er septembre 2023. Ce texte, adopté en conseil de gouvernement en décembre 2022, apporte des dispositions visant à unifier le cadre des marchés publics et consacrer le principe de la préférence nationale. Le texte consacre également des mécanismes facilitant l’accès des TPME, des auto-entrepreneurs et des coopératives aux marchés publics.

Les secteurs prioritaires de la stratégie Made in Morocco

Le Maroc est historiquement connu pour sa production de produits artisanaux, de produits agroalimentaires mais progressivement le Royaume occupe une place importante sur la scène internationale dans la production de pièces automobile et aéronautique. Dès 2005, 7 secteurs industriels ont été identifiés comme prioritaires : l’offshoring, l’automobile, l’aéronautique, l’électronique de spécialité, l’agroalimentaire, les produits de la mer et le secteur textile.

Plus récemment, le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique a lancé « La banque de projets industriels ». Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du nouveau plan de relance industriel (2021-2023). Selon le Ministère, cette nouvelle stratégie repose sur l’instauration d’une politique de substitution aux importations, le renforcement du capital marocain dans l’industrie et la décarbonation de l’industrie pour préserver et renforcer l’export.

Subventions
  • Fonds de Développement Industriel et d’Investissements (FDII) : Subvention à l’investissement matériel et immatériel, pouvant aller jusqu’à 30% du montant d’investissement HT.
  • Maroc PME : Programme ISTITMAR PME ou TPE, selon le CA : Soutien à l’investissement de croissance et technologique pouvant atteindre 30% du projet d’investissement, pour les TPE ayant réalisé un CA HT inférieur ou égal à 10 Millions MAD au terme du dernier exercice clos.
  • Fonds de Promotion des Investissements (FPI) : Prise en charge partielle de certaines dépenses : acquisition du foncier potentiel (limite de 20% du coût du terrain), infrastructure externe (limite de 5% du montant d’investissement ou 10% pour le secteur de filature, tissage, ennoblissement) et à la formation (limite de 20% du coût de formation).
  • Fonds de Développement Énergétique (FDE) : Aide à l’investissement sous forme d’une contribution de 10% du coût d’acquisition des biens d’équipement neufs plafonnée à 20 Millions MAD, pour les projets dont le montant d’investissement en biens d’équipement est supérieur à 2,5 Millions MAD hors dr