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Les industries agroalimentaires

Published On: septembre 2022
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Résilience du secteur agroalimentaire face à la crise de la Covid-19

Le secteur agroalimentaire en chiffres

Le secteur agroalimentaire au Maroc revêt une importance stratégique pour l’économie du pays. En chiffres, il contribue à hauteur de 26% au PIB industriel, regroupe plus de 2.000 entreprises, soit 27% de l’ensemble des unités industrielles et emploie près de 160.000 personnes, c’est-à-dire environ 20% de l’effectif industriel global. Son chiffre d’affaires équivaut à près de 158 milliards de DH (MMDH) et ses exportations ont atteint 36,4 MMDH en 2021.

Figure 1 : Exportations des secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire à fin juin 2022

Les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation sont également stratégiques pour l’inclusion économique au Maroc, et en particulier pour les populations des régions rurales. Alors que la part globale des femmes actives est de 21,3% au Maroc (OCDE, 2020), elle est de 52,2% dans l’agriculture, taux le plus élevé de la région d’Afrique du Nord.

Le secteur s’en sort gagnant face à la pandémie

Comme ailleurs dans le monde, le secteur de l’agroalimentaire au Maroc est passé par une rude épreuve, et ce dès l’annonce de l’état d’urgence sanitaire le 20 mars 2020. La population marocaine, en réaction à la mise en place du confinement, s’est empressée de s’approvisionner en nourriture afin de constituer un stock de sécurité de produits. Cette hausse subite de la demande n’a pas manqué de créer, au tout début de la crise, une perturbation au niveau de l’offre. Les professionnels du secteur, soutenus par les autorités du Maroc, ont cependant pu relever le défi et continuer ainsi à assurer un approvisionnement suffisant pour l’ensemble de la population.

L’industrie agroalimentaire nationale a enduré plusieurs difficultés suite à la crise sanitaire, mais elle a su, durant ces deux dernières années, faire preuve de résilience. Les consommateurs ont continué à être approvisionnés de manière régulière et normale en denrées alimentaires au niveau des marchés de proximité et des moyennes et grandes surfaces. Les stratégies visaient à assurer un ravitaillement suffisant non seulement des grandes villes, mais aussi des régions les plus éloignées, un pari relevé.

Impact de la crise de la Covid-19 sur le chiffre d’affaires de certaines filières

La fermeture des unités hôtelières, de restauration, des cafés et des lieux d’activités a eu, comme effet naturel direct, la baisse de la demande de consommation. En parallèle, les unités de production ont fait les frais de la réduction des horaires d’ouverture, ce qui a engendré une baisse du chiffre d’affaires du secteur de l’agroalimentaire. Ce recul de l’activité a été particulièrement conséquent pour certains secteurs, notamment : 20% à 30% pour les filières de fromages, de thés et cafés, et de 35% à 60% pour les filières de la chocolaterie, celle de la confiserie, et des boissons et biscuiterie. La baisse du pouvoir d’achat des citoyens a également joué un rôle dans l’affaissement de la valeur ajoutée des filières citées.

Plus globalement, les résultats de l’enquête du Haut Commissariat au Plan (HCP) visant à apprécier l’évolution de l’activité au cours de la période de juillet à décembre 2020, en la comparant à l’activité de la même période avant la crise, relèvent que 86,7% des entreprises ont maintenu une activité normale, tandis que 11,9 % ont observé une période d’arrêt temporaire et 1,4% ont arrêté de manière définitive. Cependant, plus de la moitié des entreprises ont enregistré une baisse d’activité de 50% en moyenne en comparaison avec la même période de 2019.

Néanmoins, malgré la baisse du chiffre d’affaires, les entreprises du secteur agroalimentaire ont pu poursuivre leur activité jusqu’à la reprise, ce qui a permis au secteur dans sa globalité de marquer une croissance par rapport à la période pandémique. En sortie de crise, les performances du début de la saison 2021 étaient au rendez-vous, encouragées également par une bonne saison agricole, ce qui a permis de générer un chiffre d’affaires de près de 158 MMDH en 2021 pour l’industrie agroalimentaire.

Les forces du secteur agroalimentaire au Maroc

Le secteur bénéficie de plusieurs atouts

Le Maroc bénéficie d’atouts non négligeables qui le positionnent comme un marché à fort potentiel à l’échelle internationale, principalement dans le contexte actuel de reconfiguration des chaînes de valeur mondiales. D’une part, le pays jouit d’un accès préférentiel à certains marchés à travers les nombreux accords de libre-échange signés et dont le partenaire historique le plus important est l’Union Européenne. Par ailleurs, sa situation géographique et son excellente connectivité permettent des échanges commerciaux efficients avec la majorité des pays du monde. Enfin, le Maroc dispose d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un savoir-faire confirmé dans le secteur, ce qui renforce sa compétitivité.

Le pays a également mis en œuvre des actions de mise à niveau des infrastructures d’accueil des entreprises nationales et internationales notamment avec la création d’agropoles dans les principales régions à vocation agricole. Aussi, le renforcement de la logistique, de plus en plus performante grâce aux nouveaux chantiers structurants comme l’élargissement du réseau autoroutier, l’aménagement de nouvelles plateformes logistiques et des zones industrielles aux standards internationaux, participe indubitablement au développement du secteur agroalimentaire du Royaume.

Programmes industriels de soutien au secteur

Le secteur agroalimentaire, stratégique pour l’économie du pays, a fait l’objet de stratégies ambitieuses en vue de son optimisation. À ce titre, le Plan d’Accélération Industrielle (PAI), basé sur la mise en place d’écosystèmes performants et de davantage d’intégration des chaînes de valeurs et des parties prenantes du secteur, a permis d’importantes réalisations. Cela a été catalysé par une étroite collaboration entre le Ministère de l’Industrie et du Commerce, le Département de l’Agriculture et les opérateurs privés.

En effet, grâce au PAI, le secteur a réussi à drainer plus de 91 058 nouveaux emplois sur la période allant de 2014 à 2020, devenant ainsi parmi les principaux pourvoyeurs d’emplois industriels. Quant à ses exportations, elles ont connu une croissance de plus de 40% durant cette période, passant de 23,4 MMDH en 2014 à 32,8 MMDH en 2020. Cette dynamique de croissance s’est d’ailleurs poursuivie à l’issue du PAI puisque, selon les récents chiffres de Bank Al Maghrib, les exportations du secteur agricole et agroalimentaire ont atteint un montant de 46,3 MMDH à fin juin 2022.

Une autre mesure en faveur du secteur a été l’introduction de l’approche « filière » qui a été retenue par le Plan Maroc Vert 2008 – 2020 comme principe fondamental du développement d’une agriculture performante et intégrée.

Un contrat programme en faveur des industriels du secteur

Le contrat-programme vise à renforcer la compétitivité du secteur et à promouvoir davantage d’exportations par la modernisation de ses outils de production et le développement de nouveaux produits à forte valeur ajoutée.

Ce contrat-programme propose une feuille de route composée de mesures dédiées aux industries agroalimentaires clés identifiées, à savoir la valorisation des fruits et légumes frais, des fruits et légumes transformés, l’huile d’olive, l’industrie laitière, l’industrie des viandes, la biscuiterie-chocolaterie-confiserie et les pâtes et couscous.

D’autres mesures transverses, communes à l’ensemble du secteur, ont également été mises en œuvre. Elles concernent l’accélération de l’innovation, la qualification des ressources humaines, la mise à niveau des canaux de distribution traditionnels, l’appui à la Fédération Nationale de l’Agroalimentaire (FENAGRI) et au Centre Technique des Industries Agroalimentaires (CETIA).

L’agroalimentaire dans le contexte de crise actuelle

Hausse de l’indice des Prix à la Consommation (IPC)

Le déclenchement du conflit Russie-Ukraine faisant suite à la pandémie et se combinant à une sécheresse sans précédent ont engendré une pression sur le secteur agroalimentaire au Maroc. En effet, l’addition de ces conditions inédites a enclenché des perturbations au niveau de la production, ainsi que la consommation, entraînant une forte augmentation des prix des intrants. Comparé à la même période de l’année antérieure, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 7,2% au cours du mois de juin 2022, conséquence de la hausse de l’indice des produits alimentaires de 10,6%.

Cette inflation des produits alimentaires constatée entre mai et juin concerne principalement les huiles et graisses, dont les prix ont augmenté de 2,7% ; les produits laitiers et œufs ont connu une hausse de 2,1% ; les eaux minérales, boissons rafraîchissantes, jus de fruits et de légumes de 0,8%, tandis que le prix du café, du thé et du cacao a augmenté de 0,4% selon le HCP.

Hausse des importations de produits alimentaires

Troisième pays consommateur de blé en Afrique, le Maroc importe une quantité importante de céréales pour assurer sa sécurité alimentaire, surtout après les récentes années de sécheresse que traverse le pays.

L’année 2022 a été marquée par une pluviométrie historiquement basse pour le Royaume, ce qui a entraîné une augmentation du taux d’importations dans la consommation globale. En effet, les importations des produits alimentaires affichent au titre du premier semestre de l’année 2022 une hausse de 43,4% ou +13945MDH selon l’Office des Changes. Cette évolution est tributaire, essentiellement, de la hausse des achats de blé de 55,1% due à l’effet prix (en accroissement de 52,5%). En parallèle, les quantités importées affichent une hausse de 1,7%.

Les importations d’orge connaissent également une augmentation importante de +2 829MDH (3 170MDH à fin juin 2022 contre 341 MDH une année auparavant).
Malgré une légère baisse des prix liée à la reprise des exportations de blé ukrainien suite aux récents accords signés avec la Russie, la balance commerciale du Maroc et les prix d’importations restent tributaires de l’évolution de la situation entre la Russie et l’Ukraine.

Souveraineté alimentaire du Maroc

Les tensions géopolitiques internationales, la crise de la Covid-19, ainsi que le changement climatique ont engendré une hausse considérable des cours des matières premières dans le monde. Cette hausse a un effet direct sur le Maroc en termes d’approvisionnement de l’industrie agroalimentaire, ce qui renforce l’importance de la sécurité alimentaire.

Cependant, face à la sécheresse que traverse le Maroc, assurer une souveraineté alimentaire semble un défi d’envergure car elle dépend de la production locale, qui pour le moment n’arrive pas à elle seule à répondre à la demande du fait des aléas climatiques.

Au-delà de la sécheresse, d’autres défis tels que la prédominance de la petite agriculture et la faiblesse du rendement à l’hectare font l’objet d’actions spécifiques afin d’optimiser le secteur.

La souveraineté et sécurité alimentaires sont aujourd’hui une priorité pour l’action publique.

Une stratégie pour améliorer la productivité du secteur

La nouvelle stratégie de développement du secteur agricole « Génération Green 2020-2030 », lancée en février 2020, sur la base des réalisations du Plan Maroc Vert, vise la mise en place de moyens modernes au service du secteur agricole, qui se base sur deux principaux fondements, à savoir la valorisation de l’élément humain, et la pérennité du développement agricole.

Cette nouvelle stratégie comprend plusieurs nouveautés, notamment structurer et moderniser les circuits de distribution pour maximiser la valeur captée par les agriculteurs, la réforme des marchés de gros, la réhabilitation des souks, le renforcement des canaux de distribution et plateformes de stockage. Sur le plan de l’accompagnement, il est prévu dans ce programme d’accompagner l’insertion professionnelle des jeunes et leur offrir des débouchés générateurs de revenus, mais aussi des aides à l’installation et à l’exploitation agricole, la formation et qualification professionnelle, ainsi que la mise en place de dispositifs pour le transfert des exploitations agricoles entre personnes souhaitant céder leurs terres et jeunes entrepreneurs voulant les valoriser. Ces mesures visent l’amélioration du climat des affaires au sein du secteur afin d’encourager à l’émergence de nouveaux projets permettant de renforcer davantage la sécurité alimentaire au Maroc.

L’objectif de cette réforme réside également dans l’amélioration des conditions sociales des agriculteurs à travers la mise en place de la protection sociale ainsi que des statuts des agriculteurs. Selon les projections dudit plan, l’accès à un régime de protection sociale dédié et le développement des entreprises privées au sein du secteur agricole vont permettre de couvrir 80% des agriculteurs (ce qui représente plus de 3 millions de personnes).

Encourager à l’investissement dans le secteur

Afin d’aspirer vers une plus grande sécurité alimentaire, le Maroc prévoit également la diversification de son industrie agroalimentaire, ce qui sera favorisé par la hausse des investissements. Ainsi, à travers l’application des directives édictées par le programme « Génération Green », ainsi que les autres stratégies adoptées, le pays assurera des retombées positives en termes d’attraction des investissements dans le secteur, et de renforcement de la sécurité alimentaire nécessaire pour se prémunir des risques de pénuries liés aux aléas climatiques, géopolitiques et économiques.

Dans des conditions idéales, l’Investissement Direct Etranger (IDE) peut favoriser le développement du secteur agricole marocain en encourageant la création d’emplois, la productivité et la croissance. En effet, selon l’OCDE, l’IDE dans le secteur agroalimentaire du Maroc a généré deux fois plus d’emplois par millions de dollars d’investissement que la moyenne des secteurs de l’économie, et environ 8 fois plus d’emplois par millions de dollars d’investissement que le secteur de l’énergie. Ainsi, l’accroissement des investissements pourrait donc même contribuer à l’augmentation de la productivité agricole.

Promouvoir l’investissement dans le secteur agroalimentaire marocain peut, en outre, favoriser son intégration dans les chaînes de valeur régionales et mondiales (OCDE 2021). De même, les investissements drainent avec eux diverses solutions novatrices prenant en compte les difficultés hydrauliques que subit le pays, ce qui lui sera sans aucun doute bénéfique pour assurer une sécurité alimentaire face aux nouveaux défis climatiques.

Produire de manière durable

Déterminante pour la sécurité alimentaire, ainsi que le développement de l’économie, l’irrigation au Maroc a toujours été un défi majeur, renforcé aujourd’hui par les impacts du changement climatique. L’agriculture irriguée sera pour les prochaines décennies confrontée à une raréfaction des ressources en eau, sous les effets conjugués des sécheresses attendues successives et prolongées.

Depuis l’adoption du Plan Maroc Vert, l’agriculture irriguée est entrée dans une ère de rationalisation et de valorisation via plusieurs principaux programmes dont le Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI) ou encore le programme de réhabilitation et de sauvegarde des périmètres de Petite et Moyenne Hydraulique (PMH). Une continuité qui sera dorénavant assurée par la nouvelle stratégie du secteur agricole : le programme Génération Green. La production de manière plus durable assurera pour le secteur une meilleure disponibilité en ressources d’eau et permettra d’augmenter la valeur agroalimentaire.

Conclusion

À l’échelle mondiale, le secteur agroalimentaire relève d’une importance cruciale, car il assure la sécurité alimentaire des populations.

C’est un secteur d’activité qui comprend l’ensemble des entreprises du secteur primaire et secondaire participant à la production des produits alimentaires et à leur transformation. Son importance est également cruciale d’un point de vue économique, car plusieurs autres secteurs sont impliqués dans la chaîne de production agroalimentaire. L’importance que revêt ce secteur a été d’ailleurs révélée lors de la crise liée à la pandémie mondiale de la Covid-19.

Au Maroc également l’enjeu était crucial lors de la pandémie, car il fallait d’un côté rassurer la population et les consommateurs, et d’un autre leur garantir de pouvoir continuer à consommer en toute sécurité, et ce en protégeant l’ensemble de la chaîne de valeur entre approvisionnement et distribution.

Le secteur agroalimentaire au Maroc a montré une forte résilience et a pu relever le défi d’assurer de manière continue la disponibilité des stocks. Aujourd’hui, face aux expériences de la Covid-19, de la sécheresse, et des nouveaux défis de la hausse des intrants du fait du réchauffement climatique et des tensions géopolitiques, le Maroc doit renforcer davantage la résilience et la valeur ajoutée du secteur agroalimentaire afin qu’il puisse assurer une meilleure autonomie et sécurité alimentaire.

A travers son ambition de promotion des investissements dans le secteur agroalimentaire, déclinée au sein des diverses stratégies nationales, le Royaume vise à diversifier sa production, à multiplier le nombre d’entreprises installées et à promouvoir la R&D et l’innovation en faveur de solutions d’irrigation et de gestion durable de ses ressources en eau.

Enfin, de par sa vulnérabilité au changement climatique et sa population grandissante, la consolidation du secteur agroalimentaire est un enjeu prioritaire pour la sécurité alimentaire du continent Africain dans sa globalité. C’est dans ce contexte que la dynamique de coopération intra Africaine engagée par le Maroc, pourrait être renforcée à tous les niveaux, notamment entre entreprises du secteur agroalimentaire, agriculteurs, exploitants et chercheurs.

Des plateformes d’échanges pourraient être créées afin de