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L’industrie automobile au Maroc

Published On: décembre 2022
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Introduction

L’arrivée de nouveaux producteurs performants et de nouvelles méthodes de production, l’émergence de nouvelles priorités à l’échelle planétaire et de nouveaux défis sont autant de facteurs qui participent à la mutation de l’industrie automobile mondiale et ouvrent de nouvelles fenêtres d’opportunité dans le secteur.
L’internationalisation croissante de la production dans l’industrie automobile a profondément transformé la géostratégie du secteur à l’échelle mondiale. Durant les deux dernières décennies, l’épicentre du secteur s’est déplacé des puissances industrielles européennes et nord-américaines vers les pays émergents de
l’Asie, de l’Amérique du Sud et de l’Afrique. Au-delà des évolutions qu’a connues la production automobile mondiale, les données de l’Organisation Internationale des Constructeurs Automobiles (OICA) révèlent le dynamisme de la demande sur les marchés émergents, tirée par la croissance économique et le développement d’une classe moyenne. Les ventes en Asie ont représenté 45% des ventes mondiales en 2019 (elles se sont élevées à 35.959.799 véhicules contre
15.097.677 en 2005 représentant 33% de la part de marché mondial). A contrario, les marchés européens affichent un taux de renouvellement du parc automobile modéré. Ce focus permettra de positionner le Maroc au sein de l’industrie automobile mondiale et d’explorer les perspectives de développement du secteur dans un contexte international marqué par des évolutions structurelles notables.

État des lieux de l’industrie automobile au Maroc

Evolution du secteur

Bien que le positionnement du Maroc dans l’industrie automobile marocaine date des années 1960 avec la création de la Société Marocaine de Construction Automobile (SOMACA), la véritable dynamique du secteur n’a été observée qu’à partir des deux dernières décennies.

En l’espace de dix ans, avec l’appui de stratégies sectorielles ambitieuses, le secteur de l’automobile au Maroc a connu une croissance remarquable.

Ainsi, dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’accélération industrielle, le Maroc a bâti un environnement socio-économique favorable au développement de l’industrie automobile. Cette politique s’appuie notamment sur un partenariat solide entre le ministère de l’Industrie et du Commerce et des acteurs de l’industrie regroupés sous la bannière de l’Association Marocaine des Industriels et Constructeurs Automobile (AMICA).

Cette coopération renforcée entre les industriels et les pouvoirs publics vise à définir les incitations institutionnelles, économiques et fiscales et au développement des écosystèmes qui améliorent la performance globale des acteurs.

Dans le sillage du Plan d’Accélération Industrielle, la stratégie nationale pour l’industrie automobile s’articule autour d’écosystèmes industriels performants.

Les écosystèmes permettent d’offrir des plateformes communes aux acteurs d’un même métier en vue de favoriser l’intégration industrielle au sein de la filière, d’accroître les investissements et d’assurer une montée en valeur du secteur industriel en favorisant le partage des ressources, les échanges et la coordination entre leaders industriels et TPME.

Il est important de distinguer deux types d’écosystèmes :

  • Les « écosystèmes métiers » articulés autour des fabricants, des fournisseurs et des sous-traitants de modules spécifiques ;
  • Les « écosystèmes constructeurs » structurés autour des deux grands constructeurs (Renault et PSA) et de leurs fournisseurs-partenaires.

La fédération des opérateurs du secteur de l’automobile au sein d’écosystèmes s’est révélée être une stratégie particulièrement bénéfique pour le Maroc, permettant de renforcer sa compétitivité et d’attirer davantage d’opérateurs internationaux.

Grâce à ses performances, le Maroc se hisse en position de premier producteur en Afrique. Il a intégré le top 15 des constructeurs automobiles mondiaux et a rejoint en 2021 le club fermé des pays où les moteurs sont fabriqués et montés. Plusieurs indicateurs montrent que le secteur automobile réalise des surperformances, et notamment la fidélisation de groupes internationaux qui choisissent le Maroc comme destination stratégique pour leur production automobile. Nous pouvons à titre d’exemple citer le groupe américain Lear, spécialisé dans la fabrication des sièges automobiles et des systèmes électriques et électroniques. Le groupe, présent au Maroc depuis 2003, a inauguré sa 16ème usine au Maroc en octobre 2022 et vise à développer ses activités à travers la production de câblage pour voitures électriques.

Le Maroc réalise des superperformances

Selon les chiffres de l’Association Marocaine pour l’Industrie et le Commerce Automobile (AMICA), la filière automobile marocaine enregistre des performances remarquables :

Grâce à ses performances, le Maroc se hisse en position de premier producteur en Afrique. Il a intégré le top 15 des constructeurs automobiles mondiaux et a rejoint en 2021 le club fermé des pays où les moteurs sont fabriqués et montés. Plusieurs indicateurs montrent que le secteur automobile réalise des surperformances, et notamment la fidélisation de groupes internationaux qui choisissent le Maroc comme destination stratégique pour leur production automobile. Nous pouvons à titre d’exemple citer le groupe américain Lear, spécialisé dans la fabrication des sièges automobiles et des systèmes électriques et électroniques. Le groupe, présent au Maroc depuis 2003, a inauguré sa 16ème usine au Maroc en octobre 2022 et vise à développer ses activités à travers la production de câblage pour voitures électriques.

Les perspectives de développement de l’industrie automobile marocaine

Le Maroc ambitionne de devenir une plateforme de production automobile décarbonée et performante

Dans un monde où la production d’électricité reste le premier secteur émetteur de CO2, avec 41 % du total des émissions dues à la combustion d’énergie, suivie par les transports (25 %) et de l’industrie (18 %, y compris la construction), le Maroc œuvre pleinement à relever le défi d’une compétitivité économique décarbonée, à travers une politique volontariste de reconversion des processus industriels énergivores. En 2009, le Maroc a adopté une stratégie énergétique basée essentiellement sur les énergies renouvelables, avec l’objectif de porter leur part dans la production d’électricité à plus de 52 % en 2030 (contre 20 % aujourd’hui). Un « programme d’appui à la transition énergétique » au Maroc est actuellement doté de 50 millions d’euros.

L’objectif du Maroc est de s’ériger en plateforme régionale sur les questions énergétiques et environnementales et de s’inscrire ainsi comme une locomotive au carrefour entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. Dans ce sens, le partenariat vert signé avec l’Union Européenne (UE) en octobre 2022, a pour objectif de renforcer la coopération en matière d’énergie, de lutte contre le dérèglement climatique, de protection de l’environnement et de stimuler l’économie verte, y compris en mobilisant le secteur privé. Ce partenariat, inédit, vise à favoriser la transition vers une industrie décarbonée par l’investissement dans les technologies vertes, la production d’énergie renouvelable, la mobilité durable et la production propre dans l’industrie.

Le mix motorisation : Un changement structurant pour l’industrie automobile mondiale

En janvier 2019, l’Union Européenne (UE) a voté une réduction drastique des émissions de CO2 avec une interdiction des moteurs thermiques à des horizons différents selon les pays (Norvège en 2025 ; Pays-Bas en 2030 ; Grande-Bretagne en 2030 ; Espagne en 2040 ; France en 2040).

Force est de constater que le monde est entré dans une course de remplacement des moteurs thermiques. Dans ce cadre, trois technologies alternatives se présentent :

Certains experts estiment1 qu’à l’horizon 2030, le parc automobile européen se structurera autour de quatre « mix motorisations/énergies ».

Dans ce contexte, les modèles industriels et d’affaires du secteur automobile mondial connaitront une mutation profonde. La voiture électrique soulève des questions sérieuses en matière d’organisation productive de la filière industrielle. Le développement des moteurs à hydrogène devient ainsi une alternative viable pour bon nombre d’acteurs.

L’hydrogène dans le secteur automobile

Plusieurs experts estiment que l’hydrogène est une solution viable au défi mondial de la décarbonation, le véhicule à hydrogène étant moins polluant que la voiture électrique sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Dans ce sillage, le rapport Hydrogen Council 2020 souligne que le secteur des transports sera bouleversé par cette énergie à l’horizon 2050. Le nombre de véhicules circulant à l’hydrogène dans le monde en 2020 est seulement de 20 000 véhicules. En Europe, le plan hydrogène, lancé en juillet 2020, prévoit une production massive de cette énergie dès 20302.

Avec des coûts de production d’hydrogène vert élevés dans les pays dépourvus de ressources, et compte tenu de son potentiel énergétique combinant énergies éolienne et solaire, le Maroc pourra se positionner en véritable leader mondial du secteur.

Par ailleurs, un réel élan politique se dégage des différents discours, mettant en avant la nécessité du développement du secteur des batteries électriques comme un réel levier de compétitivité à l’échelle internationale. En effet, la batterie électrique représenterait actuellement jusqu’à 30% du coût d’une voiture électrique et le Maroc détient des réserves de cobalt, de phosphates et de manganèse, indispensables pour la production de ce type de batteries. Ce processus a d’ailleurs déjà été entamé depuis 2020 avec la production des modèles électriques Citroën Ami et Opel e-Rock.

Afin d’étendre ces avancées à la mobilité de manière plus large, le Maroc a publié en 2021 sa feuille de l’hydrogène vert, dans laquelle le Royaume vise le lancement de projets pilotes pour la

mobilité urbaine et interurbaine (bus et poids lourds) avant 2025, ainsi que pour les véhicules de tourisme à partir de 2030.

La digitalisation de l’industrie, un gage de compétitivité pour le Maroc

L’industrie automobile est en évolution constante avec l’intégration d’innovations technologiques majeures (l’automatisation, la robotique et l’impression 3D) dans les différents modèles de véhicules mis en vente sur le marché.

Selon une étude de l’Institut Marocain d’Intelligence Stratégique (IMIS), les experts estiment que le défi de la digitalisation pour l’industrie automobile marocaine est une clé de compétitivité permettant d’anticiper les changements structurels du secteur et s’inscrire comme un acteur innovant à long terme.

Il s’agirait donc pour le Maroc de développer un écosystème ingénierie de services digitaux notamment à travers le développement de partenariats avec les universités et les écoles d’ingénieurs. Ce qui serait un vecteur important permettant « l’émergence d’écosystèmes de l’électronique embarquée et du digital performants intégrant les différentes activités de production et de service associées à la voiture et à l’usine intelligentes. »

Conclusion

Les évolutions de l’industrie automobile mondiale sont une illustration parfaite des changements structurants que connaît le monde.

Les choix de la digitalisation et de la décarbonation de l’industrie automobile représentent des défis majeurs que le Maroc est appelé à relever pour renforcer sa compétitivité et préserver son positionnement dans la chaine de valeur mondiale du secteur.